• Jyp : Pensez-vous qu'on puisse mener une réelle politique de civilisation quand l'objectif prioritaire pour le pays fixé par la majorité présidentielle est la croissance à tout prix ?
  • Edgar Morin : Justement, je pense qu'une politique de civilisation ne doit pas être hypnotisée par la croissance. Il faut abandonner la recherche du toujours plus pour une recherche du toujours mieux. La croissance est un terme purement quantitatif. Il faut savoir quels sont les secteurs où il doit y avoir croissance, et ceux, au contraire, où il doit y avoir décroissance.
• France Inter, «Le Franc Parler», lundi 7 janvier : 
• Extrait de  «C’est un personnage plastique»
Devenu référence de Sarkozy, Edgar Morin analyse la posture du chef de l’Etat.
Entretien avec ÉRIC AESCHIMANN
LIBERATION : mercredi 9 janvier 2008

« Il y a une dégradation de la responsabilité : enfermé dans son petit secteur de spécialisation, chacun perd de vue l’ensemble du système dans lequel il agit et se coupe de la responsabilité globale. Le bien-être matériel s’est accompagné d’un mal-être psychologique et moral. Les dégradations écologiques qui polluent nos villes, nos vies sont dues au développement technoscientifique. Il faut donc changer de voie, opérer une conversion, passer d’une civilisation quantitative à une civilisation qualitative»

«En fait, il faut sortir de la mythologie de la croissance. Croissance, décroissance, là n’est plus l’enjeu. La question, c’est : qu’est-ce qui doit croître et qu’est-ce qui doit décroître ?»

«J’ai deux désaccords très importants avec Sarkozy : sur la politique extérieure, où je vois un alignement sur Bush ; et sur l’intérieur et la politique inhumaine envers les immigrés.»

«S’il utilise mes idées, tant mieux. S’il les déforme, j’ai moyen de me défendre. En l’écoutant hier, j’ai vu deux Sarkozy : le Sarkozy «d’avant la politique de civilisation» et le Sarkozy «d’après la politique de civilisation». Quand il parle de qualité de la vie, c’est Sarkozy 2 qui parle. Le chef de l’Etat est un personnage plastique, en mouvement. Il n’a pas encore pris conscience du caractère radical d’une politique de civilisation (...) La politique de civilisation naîtrait non pas ex nihilo mais à partir d’aspirations profondes et d’initiatives présentes.»

«Dans quelle mesure Sarko 2 dépassera-t-il Sarko 1, je l’ignore. Mais il y a un début de quelque chose et j’y vois l’opportunité d’un débat d’idées. J’aimerais que la gauche entre dans ce débat.»

É. A. : Avez-vous eu des contacts avec les dirigeants socialistes ?
J’avais vu Ségolène Royal au début de sa campagne. Il y a quelques jours, elle m’a appelé et m’a proposé un rendez-vous lundi prochain.